Ce voyage de Dinard à Santiago étant mon premier voyage en solitaire aussi long, j’ai jugé qu’il méritait un article bien détaillé. D’autant que c’est le premier article que j’écris et que je n’ai pas encore appris à synthétiser. On verra ça plus tard…

Mercredi, vers 14h : départ de Saint Malo, après un rapide passage chez Bonne-Maman pour un dernier au-revoir. J’ai quitté la maison de Dinard et mon petit frère chéri un peu plus tôt, avec moult larmes. Mon grand frère chéri était reparti au Maroc deux jours avant, les au-revoir avaient également été assez mouillés… J’ai égrené les semaines précédentes de derniers instants avec mes amis, cela commence à faire beaucoup. J’ai décidé d’aller faire un bout de chemin à l’autre bout du monde, il faut bien en passer par là.

Maman, Rémi et moi arrivons à l’aéroport de Nantes à 15h50 (3h tout
pile avant le décollage, on ne plaisante pas !). Entre l’enregistrement
de la valise, les dernières questions, le bruit, la foule et l’angoisse
qui monte un peu, je n’arrive pas à réaliser que je m’apprête à quitter
mes parents pour plusieurs mois. Eux sont beaucoup plus courageux que
moi et nous nous disons « à bientôt » sereinement, bien que je pleure
comme une madeleine à l’intérieur. Montons bien vite l’escalier vers la
douane pour penser à autre chose…
Je suis le mouvement et me voilà dans l’avion en route pour Madrid à
18h50 ! J’ai l’impression de laisser une partie de moi derrière au
décollage, disons que c’est le soleil éclatant qui fait briller mes
yeux.

Arrivée à Madrid un peu après 20h (mon dieu, que c’est grand, ce terminal, qu’est-ce qu’on ne va pas inventer), je m’apprête à y passer la nuit, parce que ma correspondance pour Barcelone n’a lieu qu’à 7h le lendemain matin. J’erre dans l’aéroport pour trouver un coin confortable où dormir, mais je ne trouve que des rangées de sièges en fer. Bien bien bien.
J’ai également fait la rencontre d’un réfugié africain qui demandait désespérément quelques sous aux passants pour pouvoir prendre un bus qui l’emmènerait à un autre terminal. À Madrid, si tu arrives au terminal 4 et que ta correspondance est au terminal 1, tu payes quelque chose comme 15€. Tu es un réfugié qui est arrivé avec à peine 5€ en poche ? Tant pis pour toi, tu fais la manche les larmes aux yeux. Et ta dignité de vieil homme, tu la flanques dans ta valise.

À 7h du matin, je suis dans l’avion pour Barcelone. Depuis la veille, tout le monde – ou presque – parle espagnol, cela me prépare à ce qui m’attend. À l’arrivée à Barcelone, je cherche en vain la porte d’embarquement de mon avion pour Santiago qui n’est finalement renseignée que vingt minutes avant l’embarquement. Rien de tel qu’un pic de stress pour reléguer la nostalgie à l’arrière-plan. Puis, tout est bien qui finit bien… Ah non, un problème avec ma carte d’embarquement, on aurait annulé ma réservation, je ne peux pas passer. Finalement, après quelques manipulations informatiques, on m’assigne un autre siège et je peux embarquer. Ouf ! Mais à toute chose, malheur est bon : j’ai le hublot et aucun voisin, donc plein de place et une superbe vue. Je suis en plus entourée par deux françaises qui partent étudier à Santiago ! Deux futures camarades de randonnées… Et c’est parti pour 14h30 de vol !


Il est plus de 20h (heure locale), je pose le pied au Chili ! Je ne réalise pas du tout. Après beaucoup d’attente et beaucoup de contrôles à passer, j’aperçois deux toutes petites bonnes sœurs qui m’attendent à la sortie. Ce sont mes deux premières Hermanitas de Los Pobres ! Hermanita Nellia et Hermanita Ana, chilienne et colombienne, adorables et énergiques, elles m’emmènent jusqu’à leur voiture aussi grise que leur voile et, de l’aéroport, nous filons à la Casa, calle San Pablo.
Tout est différent ! L’architecture, les gens, les panneaux. Je fais d’abord connaissance avec Santiago par ses quartiers pauvres au bord de la route que je trouve charmants, chaleureux et très colorés avant de remarquer l’état des maisons qui les composent. Je suis accueillie à la Maison (chaque maison des Petites Sœurs de Pauvres s’appelle Ma Maison) par la Mère Supérieure, dont je ne parviens pas à voir le visage caché derrière son écharpe (et oui, c’est l’hiver en juillet ici !) ainsi que par les trois jeunes volontaires qui sont venues passer quelques jours ici pendant leurs vacances. Chiara, 17 ans, Josefa, 17 ans et Sonia, 15 ans m’emmènent dîner dans l’immense salle à manger et je fais connaissance avec ces trois jeunes chiliennes débordantes de bonne humeur et de générosité.
Je parviens enfin à me connecter à la wifi et à envoyer des messages à tout le monde pour prévenir de mon arrivée. Nous montons ensuite au dortoir des volontaires qui sera ma chambre pendant ces prochains mois. Heureusement, il est rarement occupé, mes trois comparses restant rarement dormir, j’aurai donc une très grande chambre et 5 lits pour moi toute seule ! Il est tard, j’ai beaucoup trop d’heures de voyage dans les pattes et le décalage horaire ne me réussit pas, je m’endors sans tarder.